Solo Duo Terre de Saint-Malo 2024 : ma première régate en solitaire

Solo Duo Terre de Saint-Malo 2024 : ma première régate en solitaire

J’ai participé à ma première régate en solitaire, la solo duo terre de st-malo, du 18 au 21 juillet 2024. Retour sur cette belle entrée en matière.

Avant le départ

La veille du départ, je convois Tomiak depuis Saint-Suliac jusqu’au port des Sablons à Saint-Malo. Nous sommes 8 inscrits en OSIRIS solo, 10 en OSIRIS duo, et 6 en IRC duo.

Le convoyage se passe bien, mais une mauvaise surprise m’attend à quai. Une carte électronique bricolée par l’ancien propriétaire rend l’âme dans un dégagement de fumée depuis le tableau électrique. Je coupe toutes les batteries en catastrophe. L’incident s’arrête là, mais les dégâts sont réels : cette carte gérait l’alimentation de tous mes répétiteurs, ainsi que le signal GPS vers le répétiteur de navigation. Je réussis à recâbler une alimentation pour le sondeur et le speedo, mais le répétiteur GPS reste muet. Je partirai donc sans route fond ni waypoint affiché au cockpit. Pas idéal pour une première régate en solitaire.

Saint-Malo > Jersey

Le départ s’est fait au près, devant la bouée atterage saint-malo. Je me suis mal placé pendant la procédure de départ et suis arrivé en retard sur la ligne. J’ai donc d’emblée perdu de précieuses minutes.
Il y avait environ 12 nœuds de vent, de secteur ouest ce qui nous a permis de faire route en contournant le plateau des minquiers par l’ouest. Je passe la cardinale nord « vieux banc est », puis la « sud ouest minquiers », et enfin la « nord ouest minquiers ».

Dès le départ j’ai un déficit de vitesse par rapport aux autres concurrents. Le bateau est un peu lourd, et avec son génois sur enrouleur de 20 ans, je ne peux pas espérer de bonnes performance au près. Je me retrouve rapidement tout seul.

La dernière marque de parcours à passer est la cardinale nord « Passage Rock ». J’anticipe bien le passage de la balise en préparant tout le gréement de spi pour être prêt à l’envoyer rapidement.

Je passe la balise et envoie le spi dans la foulée. Spi en tête et bien gonflé, tout s’est bien passé ! Je peux faire désormais cap directement sur la ligne d’arrivée. Le moment est magique, Tomiak glisse sur l’eau tracté par son spi. Il fait grand beau temps, et la jolie côte de Jersey défile rapidement sous mes yeux !

Ça y est, j’ai coupé la ligne ! Affalage dans la foulée, puis amarrage à couple d’un autre concurrentdans l’avant port de Saint-Helier.

Apéro des équipages, puis proclamation des résultats. Huitième sur huit. Je suis un peu déçu du résultat. Mis à part le départ raté, j’ai l’impression d’avoir bien navigué. En temps compensé j’arrive 18 minutes après l’avant dernier, un First 31.7. J’avoue que j’espérais faire un peu mieux avant le départ, mais je me suis vite rendu compte que cela serait compliqué.

Je suis très content malgré tout de cette première étape. J’ai bien géré mes manœuvres, et n’ai pas fait d’erreurs majeures.

Jersey > Guernesey

Le départ de la deuxième étape est donné dans la baie de Saint-Aubin. Le vent a tourné, et c’est une étape sous spi qui s’annonce, avec une route directe vers Saint-Peter-Port en contournant l’île par l’ouest.

Pour ce départ j’ai réussi à être beaucoup mieux placé, et ai pu envoyer rapidement le spi, après avoir passé la ligne. Etant en solo, j’ai préféré assurer la sécurité, et ai hissé le spi dès que la flotte s’est un peu espacée.

Rapidement j’ai vu que je tenais en vitesse les bateaux les plus proches de moi en rating. En effet j’ai pu faire toute l’étape juste derrière un First 31.7 et Un First 35S5. Cela m’a donc donné de bons espoirs de ne pas être cette fois ci dans le bas du classement !

Il n’y avait pas beaucoup de vent, et du fait du courant, on a eu un clapot un peu court qui chahutait le bateau.

En arrivant sur Guernesey j’ai du faire mon 1er empannage en solo avec un spi symétrique. La manœuvre s’est très bien déroulée, mais j’ai empanné un peu tard, et le puissant courant m’a obligé à lofer exagérément sous spi pour passer la ligne. C’était un peu juste !

Le soir rebelotte, on refait la course autour de l’apéro des équipages, et les résultats sont annoncés. Je termine troisième de l’étape ! Une sacré surprise, car même si je savais que j’étais devant les deux First en temps compensé je ne m’attendais pas à monter aussi haut dans le classement !

Guernesey > Saint-Malo

La dernière étape s’annonce sous spi, le vent ayant encore tourné. Tant mieux, c’est là que Tomiak est à l’aise. Mais les conditions s’annoncent nettement plus musclées que sur les deux premières étapes.

Je prends un départ correct, sous spi Tribord amure. Le petit pilote de barre assure et me permet de bien gérer les manœuvres.

Je fais l’erreur de ne pas monter de nourriture dans le cockpit dès le départ, ce qui va me gêner par la suite.
Dès que l’on passe la pointe de Saint Martin, le vent commence à monter progressivement jusqu’à un bon force 5.
La mer grossit et le pilote n’arrive plus à tenir le bateau. Je suis obligé de barrer en permanence.

Le déjeuner approchant, et n’ayant pas trop anticipé la faiblesse du pilote, je suis obligé de plonger plusieurs fois dans la cabine pour récupérer de la nourriture. Je lâche la barre quelques secondes, juste le temps de récupérer quelque chose à manger, et ressort aussitôt pour donner un grand coup de barre avant que le bateau ne parte au lof. C’est chaud ! Je répète l’opération trois fois pour avoir de quoi tenir toute la journée. La sensation d’être dans la cabine avec le bateau sous spi et personne à la barre est j’avoue assez étrange à vivre !

Je tiens bien en vitesse les autres concurrents, et arrive en vue de Corbière. On croise le « Bretagne » de la brittany ferries, et le commandant nous prend en photos. Sympa !

Le vent a refusé, et je suis obligé de régler le spi. C’est à dire qu’il faut débrasser le spi pour que le tangon arrive quasiment au niveau de l’étais. Mes bras de spi sont assez souples, donc je suis obligé de placer le tangon bien au dessus de l’étais pour ne pas qu’il le touche dans les surventes. La manœuvre n’est pas du tout simple à réaliser car Tomiak n’est pas équipé de winch self-tailing. J’ai donc besoin de mes deux mains pour wincher, et comme j’en ai déjà une de prise pour barrer, cela complique l’opération.

Au début j’ai laché un peu trop de bras de spi, et j’ai donc eu peur que le tangon touche le tube de l’enrouleur et l’abime. Je décide donc de reprendre un peu de bras. La tension sur celui-ci est énorme. Je suis obligé de lâcher la barre, pour défaire le noeud de taquet du bras et wincher. Je ne suis pas assez rapide, et le bateau part au lof et se couche !

J’arrive à ne pas perdre la tension que j’avais mis sur le bras, et bloque celui-ci au taquet. Ensuite je dégonfle le spi en choquant l’écoute. J’arrive alors à redresser le bateau et à reprendre mon cap !

Je me suis fait un peu peur, mais j’arrive à garder le spi et à continuer ma route comme ça. Je ne lâche rien, et garde mon objectif de faire un bon classement sur cette étape.

Le bateau navigue alors entre 8 et 10 nœuds, avec une pointe à 12 dans un surf ! C’est assez grisant, même si c’est assez physique, la barre est dure et je commence à avoir mal à l’épaule à force de barrer.

Le First 35S5 range son spi, et je finis par le dépasser. Le First 31.7 ayant aussi eu des soucis avec son génois, j’ai donc deux concurrents derrière moi.

Le spi étant très débrassé, le bras appuie beaucoup sur le chandelier tribord. Sa base en inox finit par plier et le chandelier ne tiens plus… un truc de plus à réparer ! Heureusement j’ai une embase neuve de rechange.

J’arrive en fin d’après-midi devant les latérales babord du chenal de la porte. Il faut alors affaler assez vite le spi, car il n’y a pas beaucoup d’eau à courir sous le vent. J’anticipe bien ma manœuvre, et passe au ras de la balise sans perdre de terrain sous le vent.

Encore quatre milles et je pourrai couper la ligne. Je finis le parcours sous génois seul. Le spi reste dans son sac, car le chenal est étroit, il y a beaucoup de bateaux, et il y aurais eu des empannages à gérer. Je ne le sens pas sous spi, et préfère donc jouer la carte de la prudence.

Je coupe la ligne au bout de 8h46m de navigation, soit 56 milles parcourus à la vitesse moyenne de 6,4 nœuds. Je suis classé quatrième, 7 minutes derrière le troisième.

La petite mousse et le debrief avec les autres concurrents fait plaisir !

Bilan

Cinquième sur huit au classement général. Un résultat honnête pour une première en solitaire, surtout avec un bateau pas vraiment taillé pour ce type d’exercice.

Ce que je retiens avant tout, c’est que ça m’a plu. Vraiment. Gérer seul les manœuvres, prendre les décisions sans pouvoir en référer à personne, tenir la barre pendant des heures dans le force 5 : tout ça, je l’ai fait, et je veux recommencer. C’était l’objectif principal de cette régate, vérifier si j’étais capable de mener un voilier en solitaire et si ça me correspondait. La réponse est clairement oui.

Sur le plan du bateau, Tomiak a montré ses limites. Le pilote autohelm est suffisant par petit temps, mais dès que le vent monte et que la mer se forme, il décroche. L’absence de winch self-tailing s’est révélée vraiment pénalisante, surtout quand le pilote ne suit plus et qu’il faut deux mains pour wincher avec une troisième pour barrer. Les conditions de la dernière étape étaient franchement limites pour naviguer seul dans ces configurations.

Mais c’est aussi là tout l’intérêt de l’exercice. Ces trois courses m’ont appris plus sur la navigation en solitaire que des mois de croisière en équipage. Cette régate m’a confirmé que la navigation en solitaire me correspondait et que je souhaitais poursuivre vers un projet Mini Transat.

Bénéteau First 32 GTE occasion - Tomiak est en vente
Réfection des bancs du cockpit

Laisser un commentaire

Fermer le menu